NoGold, chercheuse d’espace


Noémie Goldberg, artiste–chercheuse sur l’espace et ses spatialités

A la fois artiste plasticienne et chercheuse, Noémie Goldberg dédie son travail tout entier à un champ : l’espace. Ce territoire vaste et complexe touche un questionnement qu’elle rapproche de la recherche des astrophysiciens, ou encore celle en physique quantique. Toutefois, sa démarche n’est pas illustrative et cela constitue déjà en soi une réelle singularité.

L’espace ou plutôt les espaces, les corps qui y sont imbriqués, le rapport que nous entretenons avec ceux-ci ainsi que leurs représentations, tout cela diffère en fonction d’une multitude de données. Ce sont autant de questions qui constituent son champ de recherche.



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«Je construis des pièges à espace.»


Ce travail est dédié à un sujet vaste et complexe : l’espace. L’espace ou plutôt les espaces, le rapport que nous entretenons avec lui, ses représentations mais aussi les rapport du corps avec celui-ci, sont autant de questions qui constituent son terrain de jeu. Cette artiste belge traite ces questions en nous inscrivant dans un imaginaire débridé de l'espace. Elle investit in situ tous types de lieux (galerie, centres d'art, lieux publiques, lieux privés,…), pour y poser des "space catcher", dispositifs qui altèrent la perception de ces lieux. Il s'agit d'expériences immersives singulières et déroutantes pour nous faire vivre des moments de spatialité inconnus, et interroger nos représentations usuelles de l'espace.

Des capteurs multidimensionnels aux formes multiples

NoGold est une attrapeuse d’espace. La captation d'espace découle de la rencontre entre un lieu et des médiums. Un capteur varie donc en fonction des lieux qui l'accueillent. C'est pourquoi l'artiste est adepte des polymédiums, médiums multiples et divers (adhésifs, projections, lasers, peinture murale, miroirs, néons,...) éphémères ou permanents, choisis et organisés en fonction des paramètres du lieu (architecture, sources lumineuses, préalables techniques, contraintes,...). Une partie significative d'un space catcher relève de l’intangible et se veut multidimensionnelle. Réalisé avec une idée intuitive des différentes dimensions qui coexistent, que ce soit la dimension matérielle ou symbolique du lieu, ou la dimension vibratoire de la lumière, tout participe pour composer un space catcher, issu de cette conjonction entre volumes, mediums, lumière et espace.

L'espace, à mi-chemin entre réel et imaginaire

Le capteur installé, un monde parallèle émerge. Lignes, couleurs, des pointillés tracés ça et là, de petits déplacements, de l'agitation dans la structure, une nouvelle circulation de la lumière, et le lieu en devient mouvements et désorganisation. Indéterminés, moins précis, les paramètres de l'architecture se modifient, deviennent convertibles, inconstants. Il en résulte des dysmorphies du lieu et des corps. Volumes, lignes, surfaces libèrent un spatialité insensée et insolite ; plus tangible aussi, qui nous fait avoir une emprise sur lui. On se surprend à composer des agencements, à circuler dans une indétermination inquiétante, à mi-chemin entre réel et imaginaire. Une multiplicité déconcertante flotte partout où le regard se porte. Des géométries alternatives se dévoilent, traversées de chemins visuels flottants, à la lisibilité polymorphe. Un capteur d'espace, à coups de reflets, de lumières, de couleurs, de tracés, fissure le lieu, démasque un monde inconnu, débridé, inouï. Depuis l'inconnaissable, par un jeu inexplicable d'éléments équivoques et vertigineux, il effleure des mondes à la géométrie singulière.

Une mécanique plus opaque du monde

Nogold n’illustre pas mais redessine le monde en redessinant les grilles de lecture qui construisent les lieux. Car un fondement essentiel sous-tend ce travail : notre réalité est de l'imaginaire sur un monde inconnaissable. NoGold manipule l'espace du lieu comme une texture, une entité abstraite avec laquelle nous pourrions jouer librement. Avec cette approche, elle mets à nu les mécaniques opaques cachées sous notre conception lisse de l'espace. Notre monde ne serait en fait qu'un inconnu, une forme métamorphe, à la spatialité malléable, multidimensionnelle, qui appelle des perspectives modulables, empruntes de mutabilité. Ce donc n'est plus ici de représentations dont il est question mais de spatialisation. Une captation d'espace est effective et réelle, l'espace nous est offert en jeu, et il appartient à chacun d'y composer sa réalité spatiale.


Texte collaboratif / Mr P. / Sami El-Hadge / Pauline Duclot-Laplace



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"Mettre l'espace du monde à l'œuvre pour en repenser l'agencement"

Notre présent génère aujourd'hui des données nouvelles (réseaux, multivers, trou noir,....), la physique classique qui gouverne notre vie quotidienne a vu émerger des configurations spatiales en rupture absolue avec notre espace usuel.

Dit autrement, nos modèles de l'espace sont-ils dépassés? Quelles en sont aujourd'hui les meilleures représentations?


L'œuvre de Noémie Goldberg nous parle de l'espace et du lieu. Restructurant volume et lumière, elle nous fait entrer dans la plastique de l'espace.


A coups de tracés d'adhésifs, de surfaces miroitantes et du modelage de la lumière, ses interventions In situ fissurent notre spatialité familière et nous introduisent subrepticement dans des lieux emprunts d'inconcevable, aux dimensions inédites. Un espace aux propriétés variables, aux points de vue démultipliés, fonction de nos stations, de nos lieux de regard.

Il s'agit là de "pièges à espace", de réalités expérimentales immersives, dont les propriétés sensibles nous ouvrent à d’autres mondes, aux modèles géométriques inusités.


Ce n'est pas ici de représentations dont il est question mais de spatialisation. Par des aller/retour entre l'individu, l'éphémère et la perception du diffus, par immersion physique et sensible, No Gold nous fait véritablement toucher de notre esprit ces espaces autres de l'espace, inscrits au sein même du monde dans lequel nous vivons.

Nos préconçus du monde mis en crise, s'y substitue le temps d'une installation, une mécanique inconnue, un espace vibrant aux propriétés étrangères à notre connaître mental, aussi réel que notre monde usuel, mais plus en adéquation avec nos flux contemporains et notre monde en profonde mutation.


Alors, s'inscrit à notre insu, sur le rectangle de la scène, un territoire parallèle infini, qui fait bifurquer, suspend le monde tel que nous le croyons exister, permet des sensations génératrices d'un imaginaire translaté, et nous attire vers un autre de la Représentation.


Mister P.