JOURNAL

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...Au piège à espace


Mon entendement trébuche, s’abîme, Un décrochage qui ne s’arrête plus. Je le devinais plus qu’il ne se laissait voir, mon regard a produit un trou noir sous mes paupières fermées.

Ce n’était pas absurde d'aller en-deçà de mon voir, dans ce monde agrégé par la culture...Non, elles n’étaient pas si absurdes les images irrationnelles et illogiques de mon univers.

A coup de tracés, de lumières et de miroirs, je me mis à composer des poésies spatiales immersives, à arrimer des espaces immatériels et atypiques dans notre réalité, capturer un lieu qui fasse se fracturer les regards, disjoigne les corps, dans un moment spatial abyssal. J’emprunte à l'optique quantique, sonde les codes qu'on ne peut plus dater, scrute les informations restées sur terre, m'attaque à la mémoire de l’Homme, pour démasquer les images collées sur le monde, afin qu’il en perde son homogénéité.

Dans une densité visuelle plus fondamentale, une immersion affranchie de tout repère nous invite à ressentir les lignes et directions du monde, sans cesse voilées par nos mirages. Il s’agit de pénétrer une vision plus brute et obscure de l’espace, une invite à des incursions au-delà de notre savoir, de nos images, dans la sphère de la dissociation perpétuelle et de la mobilité chaotique, afin de toucher les gens dans leur corps et remettre en jeu nos représentations.

Tout est là. Aux limites du point de vision. Comme un enquêteur du temps, nous voyageons dedans, ici et là-bas, dans une lumière à la froideur sidérale, dans l’inhumanité du cosmos. D'une indifférence glacée, un morceau d’infini diffracté nous transporte. Libre et phénoménale à la fois, il nous fissure et nous traverse. Face à un bris d’astre perdu, à la manière d’un morceau d’étendue sans distance, une étoile blanche sur notre planète nous ébrèche. Une de ses pointes s’est égarée dans un trou noir stellaire. Je l’ai prise au piège de mes miroirs.





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De l’impossible voir...


A mon insu, je me suis glissée dans tout ça qui nous dépasse, qui faisait fi de toutes nos modalités spatio-temporelles, quelque chose de l’ordre d’une méta-grandeur. J’y ai découvert un magma vibratoire, imprégné d’informations atemporelles et aspatiales, tout à la fois ici et là-bas, même et différent. Avec étonnement, j’ai rencontré sous les concepts, sous les représentations, une densité discontinue, instable, vibrante, tapie dans l'opacité de la matière. S’en est suivi la disparition du temps et la venue d’une durée à la temporalité paradoxale, dans un espace-temps d’une plasticité inouïe, à la malléabilité insensée.

Je me mis à expérimenter une pensée autre, au-delà de nos représentations usuelles : une galaxie en bouteille de Klein ; une étendue aux particules interconnectées sans écart spatial ; un cosmos aussi malléable que ma feuille de papier, que je tordais en anneau de Moebius, ou pliais comme les transporteurs d’épice de Dune. Des sauts conceptuels m’ont déchiré le cerveau, en dépit du bon sens. La tyrannie de nos images mise à mal, mon imaginaire s’est disjoint et les notions de lieu et d’étendue ont perdu toute intégrité. Je voyais un cosmos aux éléments tout en même temps proches et lointains, dedans et dehors, réduits à un point dans un non-espace, des lieux inouïs, aux couleurs insaisissables. Je les contemplais fascinée et tentais de les ancrer dans la matière.


Il ne reste quasi rien, même plus l’a priori de l’espace. L’espace dogmatique déconstruit, il n’y a plus qu’un inconnu perpétuel de l’espace. Tout s’y engouffre. Mon regard et mes sens se défont, mes images mentales s’égarent. Je meurs à moi-même, ne maîtrise plus aucun donné. J’en perds le fil, car nous ne pouvons connaître qu’imprégné de cohérence. Je tombe sans bouger, je suis désarçonnée. Ma solidité s’est perdue, celle de mon corps et celle de mon esprit. L'espace homogène se libère, se lâche, tombe, l’objet se démembre, son information flottant quelque part. Un univers autre déroule ses dimensions multiples, insondables, et pas uniquement virtuelles. Une béance commence alors à s'écrire, jusqu’à frôler la folie.


Ce fut si troublant d’arriver là. Nos certitudes, nos cohérences, la réalité inébranlable, tout cela forgeait tellement mon regard, que c'est lui que j’ai fini par scruter ; car c’est lui qui figeait mon esprit, mes logiques, le cosmos. Trous noirs, théorie des supercordes, intrication quantique, et d’autres encore, toutes ces propositions de mise en jeu physiques et astrophysiques, les unes comme les autres, ont intensifié cette dérégulation de l’espace qui me travaille. Alors, j’ai imaginé une œuvre qui explorerait plastiquement, parlerait d’un monde autrement regardé, avec une approche affranchie de tout repère. Mais je dessinais un monde tellement loin de notre réalité que je n'en savais plus rien.


De réalité était-il encore question? Suis-je toujours parmi nous?



novembre 2018

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Je ne dessine pas, je rends visible quelque chose, quelque part caché à nos regards


Dans ce monde qui se montre à nous, maillé de spatialités inextricables, je fais des promenades incertaines dans des dimensions insonores.

Hors temps et hors espace, au cours de mes déambulations je m'approche silencieuse et solitaire d'une masse virtuelle et atemporelle.

J'y rencontre ces éclaireurs qui ne communiquent que par ondes et vibrations, ils nous montrent une plasticité autre faite de formes et de couleurs.

Alors dans cette réalité absurde, d'autres espaces, d'autres dimensions je danse, je trace, regardant dans l'extra-sensible, pour y voir un ordonnancement inconnu, à la réalité jamais certaine.



A chaque moment de chaque intervention, ce que j'ai à faire arrive à moi comme une danse visuelle, envoyée au fur et à mesure pour devenir visible.

Au-delà du regard propre, par couches successives je dessine, dans le champ symbolique du monde. Ca se dégrossit in situ, au détour d'un lieu. Sans préconçus, recréer celui-ci, redessiner une réalité déjà imaginaire.

Avec une logique étrange, en dépit du bon sens, j'ai autrement pensé ou dit. Une approche par le vide, avec derrière, tout ça qui nous dépasse.



L'univers suppose des lieux inouïs, réels, multiples, à même les espaces de notre réalité mais à notre insu.

Je suis effrayée par cet inconnu perpétuel, depuis le jour où le monde que nous connaissons s'est ouvert à ses dimensions cachées, devenues soudain accessibles pour refaçonner les regards et les esprits.


Ce qu'il faut dire de ces qualités spatiales, c'est qu'elles se connaissent comme du dedans, dans une réalité serrée, cachée dans l'opacité du monde...Voyager dedans, s'y transporter à coup de tracés, de lumières et de miroirs.



juillet 2017

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L'espace multiple

Le lieu comme miroir de nous-même. L'ouverture d'un champ hors mesure.

Je trace, des lignes, des axes, des leurres, dans l’espace du site,"in situ", capables de déstabiliser les codes qui fabriquent le lieu, saisir les regards qui interprètent, et nous imbriquer dans un espace aux dimensions inconçues.


Perdre la maîtrise du regard est une chose, changer les perspectives en est une autre, il est indispensable de ressentir directement, d'expérimenter physiquement les possibles qui habitent l’espace où nous sommes pris.


Chaque installation devient moment d’inconnu, dialogue projectif, champ spatial inédit. L'intervention explore jusqu’au chaos des géométries nouvelles, la versatilité infinie du lieu et de l’espace.


Les incertitudes et précarités du monde reflètent combien l'espace est enchâssé dans notre imaginaire. Il n’y a de limites que celles de notre esprit et nos préconçus du monde. Une fois dégagés de nos présupposés euclidiens et psycho-morphologiques, et avec eux de nos concepts spatiaux, nous sommes mis radicalement en question par l'espace, notre imaginaire s'y abîme.



Nos assurances spatiales mises à mal, les configurations et représentations de l’espace tombent pour laisser place à une ouverture sans limites, un champ d'inconnus spatiaux inouïs, des mondes inédits.



septembre 2016

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L'aventure topologique, la voie du corps


Au sortir de mes études de Dessin, je décide de démarrer avec le tracé du corps. Plus vaste que le physique, le corps est cet espace insaisissable, sorte d'intérieur-extérieur fait d'humeurs, d'air, d'échanges. L'image du corps devenait énigme. Déposer sur papier l'image d'un corps que je devinais plus que je ne le voyais, aucun dessin n'y parvenait. Nous n’avons de corps que nos préconçus ; de l'imaginaire plaqué sur un ressenti.

Ce qui tout du long allait m'intéresser finalement, c'était non pas le corps mais l'espace du corps; et d’une certaine manière j'y travaille toujours.



L'anneau de Moebius, où deux faces ne font qu'une, le 1 dans le 2, un intérieur-extérieur, concrétisait le corps selon l'idée que j'en avais. C'était une révélation, tout-à-coup s'ouvrent tant de possibles par rapport à mon optique de départ. Le corps bascule dans l'anneau, devient bande de Moebius, plus besoin de le dessiner. Ce glissement vers l'anneau opéré, il me fallait plastiquement l’explorer pour pouvoir rencontrer, jouer de cet objet topologique. Mais se dessine un corps tellement loin de notre réalité, que je n'en sais plus rien.

Dans la foulée le monde se lâche, se libère, s'ouvre à la topologie, sort de la géométrie euclidienne, le monde bascule, j'en perds le fil, une béance commence à s'écrire.



Une évidence s’impose : c’est le regard qui chemine sur l‘anneau, qui est pris dans l’espace topologique. Dès lors, l'anneau deviendra et topologique et transparent. La bande affranchie de tout repère, nos sens de l’espace ne maîtrisent plus aucun donné, nos images mentales, notre cerveau s'y perdent. Avec mes expériences non euclidiennes, haut, bas, avant, arrière, proche, éloigné, sont radicalement mis en jeu.

L'anneau de Moebius devenu topologie du subjectile, je ne dessine plus le corps ni l’anneau. Libérée de mon besoin de l’image, dégagée du corps, ne reste que l’espace a priori





juin 2016